11 juillet 2008

Le scandale du numerus clausus en première année de médecine

Quel scandale de voir des étudiants de 1re année de médecine réussir leurs examens en première session avec plus de 70 % (une distinction) et ne pouvoir passer en 2e année en raison de ce numerus clausus.

Petit rappel : La restriction à la profession est du ressort du fédéral et l'enseignement, en ce compris le numerus clausus, est du ressort des communautés. Un illogisme purement belge.

Le fédéral a limité l'accès à la profession de médecin disposant d'un numéro INAMI. La raison semble être de limiter les dépenses de sécurité sociale.

D'une part, il n'y a, selon moi, aucun rapport entre le nombre de médecins et les dépenses de santé. Je ne connais personne qui aille chez le médecin sans raison et pour son bon plaisir. Pour limiter les dépenses de santé, il faut s'attaquer aux causes des maladies et non aux médecins qui veulent soigner.

D'autre part, dans certains endroits, il y a pénurie de médecins, et plus encore de spécialistes. Certains hôpitaux sont contraints de faire appel à des médecins étrangers.

Le numerus clausus est en outre une mesure ridicule. Seuls ceux qui, en première année, seront les mieux classés et qui auront donc réussi mieux que d'autres leurs examens purement théoriques de chimie, de physique et de biologie pourront être médecins. Quel rapport entre la pratique de la médecine (après sept années d'études) et un cours de chimie de 1re année ? Aucun. J'ai même pu remarquer, dans cette discipline comme dans d'autres, que certains étudiants réussissant moyennement leurs études, faisaient d'excellents médecins. Ils étaient à l'écoute et avaient, comme l'on dit, la vocation. Alors que d'autres, brillants étudiants, peuvent être d'excellents théoriciens mais de piètres praticiens.

Il faut le dire : toutes ces mesures qui brisent des vies et n'ont aucun effet sur les dépenses de santé sont sorties d'esprits embués.

Que font les autorités médicales, que font les professeurs de médecine pour s'opposer réellement et avec force à ces mesures ? Quand les politiciens modifieront-ils ces mesures que seuls les étudiants, les plus faibles, ont le front de condamner. Il faut saluer le courage de ces étudiants.

2 commentaires:

Agequodagix a dit…

Vous citez fort justement trois motifs contre le numerus clausus : 1. il manque de médecins, 2. il y a peu de relation entre le nombre de médecins et les dépenses de santé, et 3. ce système élimine probablement les futurs meilleurs médecins.

Il y en a d’autres ! Par exemple :

4. Au point de vue de l’individu et de ses libertés, l’Etat ne doit pas décider des vocations professionnelles et intellectuelles de ses citoyens.

L’Etat ne peut décider de l’avenir d’une société en modelant intellectuellement et professionnellement les futurs membres de cette société. Ce serait « le meilleur des mondes » ! Une société démocratique laisse chacun de ses enfants libre de choisir les compétences qu’il apportera à la société. Les enseignements doivent laisser à l’enfant ou l’étudiant un maximum de choix possibles pour l’avenir.

Il peut informer sa jeunesse des pénuries ou des pléthores professionnelles actuelles ou prévisibles, et des critères d’évaluation utilisés, mais comment peut-il se soucier d’un numéro INAMI pour des étudiants en médecine qui commencent des études aussi longues et passionnantes? Que sera l'Inami dans dix ans? Que sera la Belgique dans dix ans ? Comment sera le monde dans dix ans? Quelle sera l'ambition du jeune étudiant d'aujourd'hui dans dix ans? Comment parler de numéro administratif au jeune étudiant qui entame des études qui correspondent le plus souvent à une vocation depuis l'enfance? Pourquoi l'Etat ne fixerait-il pas aussi des quotas d’étudiants en fonction du montant des pensions qu’il pourra payer dans quarante ans ?!

5. Au point de vue de la société, dans une société libre et performante, l’Etat ne devrait pas limiter les compétences intellectuelles,

en limitant le nombre de diplômes dans des matières essentielles, comme le droit et la justice, la science et la technique, l’économie et l’entreprise, la médecine et la santé, sous prétexte de limiter ses dépenses. L’Etat doit faire ce qu’il peut avec ce qu’il a, et pas ce qu’il veut de ce qu’il a !

L’Etat pourrait-il fixer un quota de licenciés en droit de peur de ne pouvoir leur garantir à chacun un cabinet d’avocat, une charge de notaire, ou une fonction de magistrat, fixer un quota de licenciés en journalisme de peur de ne pouvoir leur garantir à chacun une carte de presse, fixer un quota de licenciés en économie, parce qu’il craint de ne pas pouvoir garantir à chacun une place de dirigeant d’entreprise, fixer un quota de licencié en sciences politiques pour pouvoir garantir à chacun une fonction publique… ?

La presse, le droit, l’économie, la science, le politique, la santé…, sont des piliers d’une société libre et performante. Une société peut être jugée notamment sur le nombre de diplômés de haut niveau qu’elle produit. Il ne devrait pas être question de fixer des quotas de journaliste, d’avocats, d’économistes, d’entrepreneurs, de politiciens, de polytechniciens, de scientifiques, de médecins, libres, indépendants, et responsables des fonctions essentielles de la société.

Il peut y avoir des examens d’entrée ou des exigences de résultat pour veiller à ce que ces rouages essentiels soient de la meilleure qualité possible, mais que l’Etat croie devoir prendre en charge la carrière, la rémunération, et le nombre de juristes, polytechniciens, journalistes, économistes, politiciens, ou médecins dont la société aura besoin pour fonctionner correctement est une tentation totalitaire ou corporatiste.

Alex a dit…

Cette situation engendre par ailleurs des effets pervers:

Tout porteur d'un doctorat en médecine délivré dans un des 26 autres pays de l'UE sollicitant un numéro INAMI (en Belgique) l'obtient immédiatement alors que nos étudiants doivent trimer pour espérer être classés en ordre utile pour passer en 2e année.

Certains avaient réussi avec distinction l'an dernier mais n'entraient pas dans le quota alloué à leur université. Ils ont donc profité de la seconde chance qui leur est offerte et ont recommencé leur année, toujours réussie avec distinction voire mieux et se sont retrouvés à nouveau et à leur plus grand désespoir dans la peu enviable catégorie des "reçus-collés".

Ces malheureux devront alors soit renoncer à leur vocation, soit tenter l'examen d'entrée organisé avant la 1e année par la Communauté flamande. Particularité pour ceux qui ont réussi une 1e en Communauté française et qui réussissent l'examen d'entrée en Flandre, ils peuvent accéder à la 2e année de médecine... (dans une université flamande donc). Bon à savoir.

Pour l'anecdote, on peut aussi relever qu'en Roumanie, la possibilité pour les médecins de venir exercer en Belgique (francophone essentiellement), profitant ainsi de la pénurie croissante de médecins et de la limitation d'accès à la profession pour les étudiants belges, suscite un certain engouement bien compréhensible puisque synonyme de meilleures conditions de travail/salariales. Un certaine proximité linguistique ne fait qu'amplifier le phénomène. Et comme si cela ne suffisait pas, la médecine est désormais enseignée en Français dans certaines factultés roumaines...

On peut cependant noter qu'ému par le sort et les larmes des "reçus-collés" et de leurs parents, les quotas ont été relevés de 100 unités pour 2008 et autant de 2009 en Communauté française, et ce à l'initiative du seul Elio Di Rupo qui, sur un coup de tête et en une seule journée a convaincu le "partenaire" CDH (en charge de l'enseignement supérieur). Même si le geste est généreux, on est en droit se se demander quelle est la politique coordonnée que l'on est en droit d'attendre de deux partis (PS et CDH) aux affaires tant au niveau fédéral qu'à la Communauté française. Quand cessera-t-on de se renvoyer la patate chaude entre niveaux de pouvoir alors qu'en amont les vocations de nos étudiants sont bridées voire brisées et qu'en aval la pénurie fait qu'on importe des médecins à la pelle ?

Quant aux étudiants recalés des années académiques antérieures, eux aussi victimes du numerus clausus, il ne leur reste que leurs yeux pour pleurer puisque rien n'a été prévu pour eux.