31 mars 2019

Confidences d'un ténor du barreau de Paul Lombard

Peu avant sa mort le 15 janvier 2017, Me Paul Lombard se confiait à Laurent Boscher dans un livre "Confidences d'un ténor du barreau" qui sortit en 2017.

Ce livre retrace la vie de l'avocat pénaliste, d'abord inscrit au barreau de Marseille pour ensuite s'inscrire au barreau de Paris.

Ce livre débute par le récit de l'enfance de Me Lombard pour se terminer en 1976 avec l'affaire Christian Ranucci.

On retiendra particulièrement deux chapitres de ce livre, celui consacré à l'un des plus grands avocats français du XXe siècle, René Floriot et, évidemment, le chapitre consacré à l'affaire Ranucci.

Il rappelle la grande différence de style entre Maurice Garçon et René Floriot et le caractère de ce dernier.

Voici quelques extraits de ce livre :

"En face de lui (de René Floriot), pareil à la statue du commandeur, faire-valoir du génie : Maurice Garçon, qui distillait savamment sa renommée dans la dignité et le silence calfeutré de l'Académie française.  Mais Maurice Garçon était davantage une institution qu'un avocat, bien que ses coups de patte fussent terribles et son orgueil corrosif autant que redoutable.  Nous en avons tous fait l'expérience, Floriot en tête, qui le redoutait.

"Si Maurice Garçon était connu d'une certaine élite, Floriot était le seul avocat dont le nom fût familier au grand public.  Certes, il n'était pas le seul, tant s'en faut, à avoir du talent, mais chez lui le savoir-faire était l'égal du faire-savoir, et pour le plus grand nombre, il incarnait à lui seul le barreau comme Picasso la peinture.

"On disait aussi que la publicité autour de son nom était scandaleuse, qu'un jour ou l'autre le Conseil de l'ordre y mettrait le holà, qu'un avocat devait du cénobite imiter la discrétion et la rigueur, que l'exhibitionnisme dont Floriot faisait preuve causait à la profession le plus grand tort et que ce chasseur de femmes, de fauves, de frasques et de fresques n'avait rien à faire au sein du barreau français.

"Apparemment, le fait d'être devenu un mythe  et de le savoir ne le dérangeait pas beaucoup, comme ne paraissait pas le troubler les critiques acerbes dont il était l'objet.  Ce n'est que bien plus tard, devenu l'un de ses familiers, que j'ai pu me rendre compte combien elles le touchaient, lui faisaient mal.  Ce cynique était un tendre, ce provocateur un pudique.

"Ses relations avec la presse exaspéraient surtout les hommes de robe.  L'un d'eux, d'un air soupçonneux, demanda un jour à Jean Laborde, le grand chroniqueur judiciaire : "Mais comment expliquez-vous que vous ne parliez que de Floriot et jamais de moi ?  C'est très simple, lui répondit Laborde.  Quand vous plaidez, mon cher Maître, il s'agit d'une affaire, rien de plus.  Quand Floriot plaide, il s'agit d'une information, rien de moins."

"L'avocat admet qu'un confrère ait du talent, qu'il soit riche, mais il lui reprochera toujours d'être connu.  Ainsi sont les hommes.

"Ceux qui reprochaient à Floriot son côté "vedette" oublient que ce sont les "affaires" qui font la réputation de l'avocat, que ce dernier ne connaît la notoriété que par transparence et la gloire par ricochet.  L'avocat est une planète qui ne brille que par l'éclat de celui qu'il défend.  Quels que soient les mérites et le talent d'un défenseur, il est peu vraisemblable, s'il se spécialise dans les baux ruraux ou dans les ventes immobilières, qu'il intéresse, sauf exception, tel journaliste ou tel animateur de télévision.  Si, en revanche, il est désigné fréquemment par le criminel qui fait la Une des journaux ou qu'il est la vedette dont on parle, même s'il a des pudeurs de jeune fille - ce qui n'était d'ailleurs pas le cas de Floriot -, il deviendra un personnage public, au même titre qu'un artiste ou qu'un homme politique.

"... C'est pourquoi, par la publicité faite autour de son nom, par l'exhibitionnisme de son caractère, par sa présence constante dans l'actualité, Floriot obligea ses contemporains à constater que les avocats existaient encore et qu'une profession capable d'engendrer un tel homme, après tout, ne se portait pas si mal.  L'époque a besoin de tout personnaliser.  Un pays, un art, un métier n'existent auprès de la multitude que s'ils s'identifient à un personnage.

"René Floriot fut pour le barreau ce personnage-là.  Caractère exhibitionniste ?  Goût immodéré de publicité ?  Soit.  Mais un avocat, dans la mesure où son activité professionnelle est exemplaire, a le droit et le devoir d'aller partout où il pourra faire mieux connaître une profession qui est sa raison de vivre.  Même si ces interventions télévisées ne furent pas toutes du meilleur goût, on doit les lui pardonner au nom du service rendu.  Il fut immense.

"A un ancien bâtonnier qui lui reprochait de s'être exhibé aux côtés de Guy Lux et qui eut le malheur d'ajouter : "Décidément, mon pauvre René, tu n'as pas rajeuni !  Mais que veux-tu, on ne peut pas être et avoir été !", Floriot lui répliqua cette phrase au rasoir : "Ce que tu dis n'est pas exact : le contraire arrive parfois.  Ainsi, toi par exemple, tu étais con et tu l'es resté."

Dans la chapitre consacré à l'affaire Ranucci, Me Lombard rappelle le traitement médiatique réservé à cette affaire et les critiques acerbes dont il fut l'objet relativement à son système de défense.

Paul Lombard avec Laurent Boscher
Confidences d'un ténor du barreau
Plon

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Henri Laquay
avocat au barreau de Bruxelles

26 mars 2019

Les figures du Droit : Maurice Garçon

Les figures du Droit.

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Henri LAQUAY, avocat au barreau de Bruxelles
44, rue de l'Aurore - 1000 Bruxelles
Tél. : 02 474 02 67
hl@laquay.be

28 septembre 2018

Henri LAQUAY

Me Henri LAQUAY est avocat au barreau de Bruxelles depuis 1995.

Me Henri LAQUAY pratique le Droit pénal et le Droit de la famille (divorce, hébergement des enfants, contribution alimentaire, pension alimentaire, etc.).

Eu égard à ses connaissances théoriques et à sa pratique professionnelle, le Conseil de l'Ordre des avocats du barreau de Bruxelles a autorisé Me Henri LAQUAY à porter le titre de "spécialiste en droit pénal" et de "spécialiste en Droit pénal des affaires".

Consultez son site internet ici.

Henri Laquay,
Avocat au barreau de Bruxelles
Groupement d'avocats
44, rue de l'Aurore
1000 Bruxelles (au bout de l'avenue Louise, près de l'abbaye de la Cambre, à l'entrée du bois de la Cambre)
Tél. : 02 474 02 67
hl@laquay.be

23 septembre 2018

Paul Morand sur Maurice Garçon

Dans un précédent article, j'ai repris quelques passages du discours de Me Jean-Marc Varaut sur Me Maurice Garçon.

Paul MORAND, ayant été élu par l'Académie française à la place rendue vacante par la mort de Maurice Garçon, a prononcé son discours, lors duquel il est d'usage de faire l'éloge de son prédécesseur.

Voici quelques extraits de l'éloge qu'il fit de Me Garçon, dont vous trouverez l'intégralité ici :

"En des plaidoiries où le Droit et les Lettres se tiennent par la main, possédant ses dossiers à fond, parfois hautain, jamais pompeux, toujours courtois, mais bon jouteur, Maurice Garçon, excellent civiliste, sut parfois donner leur fait à des Moro-Giafferi et à des Floriot. (...)

"Les plaidoiries de Maurice Garçon sont, à elles seules, un modèle d'éloquence judiciaire ; mais comme il l'a dit lui-même, "du discours oral, il ne reste rien, lorsque la voix s'est tue".  Ce fut la fin des longues périodes, avec citations latines, et effets de manche à la Daumier.  Les deux mains immobiles sur la barre, les yeux fixant le juge, de style correct, plutôt froid, avec immédiate appréhension du sujet, mots tombant juste.  Maurice Garçon appartenait à cette école de la brièveté qu'inventa Henri Robert (dont il avait adopté la raie médiane de cheveux).

"Vous classerai-je, Monsieur ? demandait, ici-même, André Siegfried en recevant Maurice Garçon.  Esprit sans préjugés, sans grande ambition, dans une profession si fière de ses anciennes libertés, Maurice Garçon resta un isolé, qui ne rechercha jamais les privilèges corporatifs, les maîtrises et les offices traditionnels.  Un moderne cabinet d'affaires, avec travail collectif, télex et central téléphonique, comme dans les bureaux des lawyers américains, lui eût fait horreur.  "Je suis un artisan" aimait-il à dire.  Il eût pu prendre fièrement, comme cri de guerre : En marge

On lira la réponse de M. André Siegfried au discours de réception de Maurice Garçon.  En voici quelques extraits :

"Un beau jour, vous dites à votre père que vous alliez vous inscrire au barreau, que vous seriez avocat.  Il eût préféré une carrière d'armature plus rigide, car il savait que, si le Palais est un magnifique champ d'action pour celui qui réussit, la profession, quand on ne s'y distingue pas, risque de rester plate et commerciale, sans attrait.  Vous n'aviez du reste jamais parlé en public, vous ne saviez même pas si vous étiez doué pour la parole.  C'était un saut dans l'inconnu, vous le fîtes ...  (...)

"Certaines carrières fournissent, plus que d'autres, l'occasion de connaître la nature humaine : l'Eglise, la médecine, la politique, mais surtout le barreau.  Encore qu'il ne se livre jamais tout entier, de même que le malade, le client est bien obligé de faire à son défenseur de singulièrement intimes confidences : des jours inattendus s'ouvrent ainsi pour l'avocat sur des provinces mystérieuses et mal explorées.

"Si l'on avait toujours raison, et surtout entièrement raison, les besoins de la discussion et le respect intégral de la vérité se recouvriraient exactement.  Malheureusement, c'est rarement le cas.  Selon l'auteur des Maximes, "les querelles ne dureraient pas longtemps si les torts n'étaient que d'un côté".  Or, il est bien exceptionnel que, dans une thèse que l'on défend, le bon droit soit tout entier de notre bord, et dès lors l'argumentation n'est plus tout à fait libre de ses moyens.  (...)

"Dans la pratique journalière de la vie, le talent seul ne suffit donc pas, il faut encore du caractère.  Ce talent doit se discipliner par un contrôle de l'orateur sur lui-même car, comme l'a fait observer le moraliste : "il ne suffit pas d'avoir de grandes qualités, il faut en avoir l'économie".  Si cette règle manque, si les dons, même brillants, de la nature ne sont pas au service d'un jugement ferme, d'une personnalité forte, conséquente avec elle-même, sur laquelle on puisse en quelque sorte régler sa position, comme les marins d'autrefois d'après les astres ou les phares, l'autorité ne naît pas, l'orateur reste incomplet."

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