28 septembre 2018

Me Henri LAQUAY

Me Henri LAQUAY est avocat au barreau de Bruxelles depuis 1995.

Eu égard à ses connaissances théoriques et à sa pratique, le Conseil de l'Ordre du barreau de Bruxelles lui a permis de porter le titre de spécialiste en Droit pénal et en Droit pénal des affaires.

Il pratique le Droit pénal et le Droit de la famille (divorce, hébergement des enfants, contribution alimentaire, pension alimentaire, etc.).

Consultez son site internet ici.

Henri Laquay,
Avocat au barreau de Bruxelles
Spécialiste en Droit pénal
Groupement d'avocats
44, rue de l'Aurore
1000 Bruxelles
0496.63.00.94
hl@laquay.be

23 septembre 2018

Paul Morand sur Maurice Garçon

Dans un précédent article, j'ai repris quelques passages du discours de Me Jean-Marc Varaut sur Me Maurice Garçon.

Paul MORAND, ayant été élu par l'Académie française à la place rendue vacante par la mort de Maurice Garçon, a prononcé son discours, lors duquel il est d'usage de faire l'éloge de son prédécesseur.

Voici quelques extraits de l'éloge qu'il fit de Me Garçon, dont vous trouverez l'intégralité ici :

"En des plaidoiries où le Droit et les Lettres se tiennent par la main, possédant ses dossiers à fond, parfois hautain, jamais pompeux, toujours courtois, mais bon jouteur, Maurice Garçon, excellent civiliste, sut parfois donner leur fait à des Moro-Giafferi et à des Floriot. (...)

"Les plaidoiries de Maurice Garçon sont, à elles seules, un modèle d'éloquence judiciaire ; mais comme il l'a dit lui-même, "du discours oral, il ne reste rien, lorsque la voix s'est tue".  Ce fut la fin des longues périodes, avec citations latines, et effets de manche à la Daumier.  Les deux mains immobiles sur la barre, les yeux fixant le juge, de style correct, plutôt froid, avec immédiate appréhension du sujet, mots tombant juste.  Maurice Garçon appartenait à cette école de la brièveté qu'inventa Henri Robert (dont il avait adopté la raie médiane de cheveux).

"Vous classerai-je, Monsieur ? demandait, ici-même, André Siegfried en recevant Maurice Garçon.  Esprit sans préjugés, sans grande ambition, dans une profession si fière de ses anciennes libertés, Maurice Garçon resta un isolé, qui ne rechercha jamais les privilèges corporatifs, les maîtrises et les offices traditionnels.  Un moderne cabinet d'affaires, avec travail collectif, télex et central téléphonique, comme dans les bureaux des lawyers américains, lui eût fait horreur.  "Je suis un artisan" aimait-il à dire.  Il eût pu prendre fièrement, comme cri de guerre : En marge

On lira la réponse de M. André Siegfried au discours de réception de Maurice Garçon.  En voici quelques extraits :

"Un beau jour, vous dites à votre père que vous alliez vous inscrire au barreau, que vous seriez avocat.  Il eût préféré une carrière d'armature plus rigide, car il savait que, si le Palais est un magnifique champ d'action pour celui qui réussit, la profession, quand on ne s'y distingue pas, risque de rester plate et commerciale, sans attrait.  Vous n'aviez du reste jamais parlé en public, vous ne saviez même pas si vous étiez doué pour la parole.  C'était un saut dans l'inconnu, vous le fîtes ...  (...)

"Certaines carrières fournissent, plus que d'autres, l'occasion de connaître la nature humaine : l'Eglise, la médecine, la politique, mais surtout le barreau.  Encore qu'il ne se livre jamais tout entier, de même que le malade, le client est bien obligé de faire à son défenseur de singulièrement intimes confidences : des jours inattendus s'ouvrent ainsi pour l'avocat sur des provinces mystérieuses et mal explorées.

"Si l'on avait toujours raison, et surtout entièrement raison, les besoins de la discussion et le respect intégral de la vérité se recouvriraient exactement.  Malheureusement, c'est rarement le cas.  Selon l'auteur des Maximes, "les querelles ne dureraient pas longtemps si les torts n'étaient que d'un côté".  Or, il est bien exceptionnel que, dans une thèse que l'on défend, le bon droit soit tout entier de notre bord, et dès lors l'argumentation n'est plus tout à fait libre de ses moyens.  (...)

"Dans la pratique journalière de la vie, le talent seul ne suffit donc pas, il faut encore du caractère.  Ce talent doit se discipliner par un contrôle de l'orateur sur lui-même car, comme l'a fait observer le moraliste : "il ne suffit pas d'avoir de grandes qualités, il faut en avoir l'économie".  Si cette règle manque, si les dons, même brillants, de la nature ne sont pas au service d'un jugement ferme, d'une personnalité forte, conséquente avec elle-même, sur laquelle on puisse en quelque sorte régler sa position, comme les marins d'autrefois d'après les astres ou les phares, l'autorité ne naît pas, l'orateur reste incomplet."

Pour lire les articles consacrés aux grands noms du barreau, cliquez ici.


26 août 2018

Chauveau-Lagarde

Quand on dit Chauveau-Lagarde, on pense immédiatement à l'avocat de Marie-Antoinette, en oubliant qu'il fût l'un des plus talentueux avocats français.

Sur cette défense de Marie-Antoinette, on lira avec intérêt l'article de M. Yves Ozanam : "Comment défendre Marie-Antoinette ?  La reine devant le tribunal révolutionnaire".

S'il semble que la Révolution française l'ait rempli d'espoir, il fut arrêté parce que considéré comme trop indulgent à l'égard des contre-révolutionnaires.  Déjà, après avoir fait acquitter le général Miranda, Marat le dénonça à la vengeance du peuple.  Il répondit par une audacieuse apostrophe qu'il osa faire afficher à la porte de Marat.

Dans ses Quelques esquisses de la vie judiciaire de M. Chauveau-Lagarde, Louis-Aimé Martin nous relate son emprisonnement : 

"Conduit à la conciergerie, il traversa la couloir humide et sombre sur lequel s'ouvrait la chambre de la Reine ; la même lampe brûlait à la même place ; son coeur se serra.  Dans cet enfer, il n'y avait plus qu'une espérance, la mort.  Ce qui lui arriva en ce moment, il n'a jamais pu se le rappeler : c'était comme les cauchemars d'un songe pénible.  Il était dans un cachot et avait deux compagnons ; puis on vint les prendre et ils ne revinrent plus.  D'autres furent mis à sa place, on les prit encore et ils ne revinrent plus.

"Pendant quarante jours, il vit ainsi passer 23 victimes : c'était l'antre de Polyphène, on n'en sortait que pour mourir.  Par une permission de la Providence, M. Chauveau-Lagarde fut oublié, et être oublié alors, c'est être sauvé."

Il fut encore l'avocat de Charlotte Corday.

Compromis par l'insurrection royaliste du 13 vendémiaire an IV (5 octobre 1795), il fut condamné à mort par contumace.  Il sa cacha, attendant que le calme fût revenu, si bien que, quand il reparut finalement, la sentence fut annulée.

Emprisonné, oublié en prison, libéré, condamné à mort, condamnation annulée, le 8 juillet 1806 il est nommé avocat au Conseil d'Etat et à la Cour de cassation.  Après la Restauration, il fut avocat au Conseil du Roi et président du Conseil de l'Ordre des avocats.

Louis-Aimé Martin dit encore de lui :

"Braver la mort dans un moment d'héroïsme ou de désespoir, ce n'est rien ; mais la braver toujours, se placer en face de ceux qui la donnent, les blesser dans leur férocité, dans leur système de dépopulation, leur arracher une victime sur cent ; être témoin de leur rage, voir leur vengeance s'apprêter et continuer son office vertueusement et simplement jusque sous le fer des bourreaux, voilà ce qui sera l'honneur éternel du barreau de Paris, voilà ce qui méritera à M. Chauveau le reconnaissance à la postérité. (...)

"Une belle figure, une belle taille, un bel organe, de la noblesse, de la sensibilité, une connaissance profonde des hommes, une âme sympathique à ses juges et à son auditoire, nous ne parlons ni du courage ni du sentiment du devoir, on les a vus à l'oeuvre, M. Chauveau-Lagarde possédait toutes ces qualités qui font les grands avocats."

Dans son Histoire des avocats en France, Bernard Sur le décrit comme suit : "Style et clarté.  Il s'est illustré comme l'un des premiers avocats pénalistes du Marais et surtout l'avocat courageux de Marie-Antoinette, de Madame Elisabeth et de Charlotte Corday".

Une exposition sur "Chaveau-Lagarde : un avocat au tribunal révolutionnaire" se tiendra du 5 septembre au 16 octobre 2018 dans la chapelle expiatoire, Paris (8e), 29 rue Pasquier.



Cet article a été écrit notamment à partir d'extraits de la page Wikipedia.


Henri Laquay

17 août 2018

Me Jean-Marc Varaut à propos de Me Maurice Garçon

Voici ce que disait Me Jean-Marc Varaut à propos de Me Maurice Garçon, publié dans la Revue des deux Mondes (cliquez ici pour lire l'intégralité de ce discours en format .pdf) :

" ... il fut d'abord un avocat ; un avocat d'assises et un avocat d'affaires, un avocat lettré et un avocat des lettres et plus encore, selon le mot de Jean-Marc Théolleyre, "une manière d'être avocat."

"Connaissance approfondie du dossier, préparation minutieuse, voire maniaque, logique caustique éprise d'idées claires, heureuse élocution, l'élocution étant prise dans son sens exact, c'est-à-dire art de choisir les mots et de les assembler, simplicité de ton dont l'inoffensive apparence donne à son propos une grande autorité, sont les dominantes de ce que l'on appelle le talent et qu'il vaut mieux appeler sa présence. Maurice Garçon avait à la barre une présence imposante jusque dans ses silences dont il avait le don de savoir jouer et qu'il faisait durer comme à plaisir, jusque dans sa manière de ne pas achever une pensée (…)"

"Il n'était pas un tribun ; il n'avait ni le physique de Danton, ni les saillies de Tixier. D'une élégance à la fois présente et invisible, d'une nonchalance appliquée, il était toujours maître de lui. Hautain, lointain, il était d'un grand sang-froid qui n'était pas sans procédé : il tendait à intimider l'auditeur. Au besoin, à l'audience il feignait de somnoler ou brossait de rapides aquarelles sous le regard navré du Président pour « casser » les effets de l'adversaire. Tandis qu'il se réservait ainsi, rien ne lui échappait ; il était prêt à déployer brusquement sa longue et mince silhouette pour laisser tomber une ironique ou dédaigneuse intervention, dont bien des officiers de police et bien des experts ont fait les frais et qu'il terminait parfois d'un « sortez, Monsieur ! » qui chassait le témoin de la barre. Mais ses apostrophes n'étaient jamais des incartades incontrôlées ou des imprécations vaniteuses, car lui n'oubliait pas que la personne du défenseur est secondaire dans un procès et qu'il doit se sacrifier plutôt que de chercher un succès aux dépens de son client".

"Dans son cabinet de la rue de l’Eperon, où les éditions rares s’empilent à même le plancher, rapporte Jean-Paul Lacroix, dans son Palais Indiscret, il répond lui-même au téléphone, recopie lui-même toutes les cotes de ses dossiers à la main, et en regrettant qu'on ne trouve plus de plumes d'oie. Mon genre, dit-il, c'est l'artisanat. » Tous ses clients - ce sont les juges les plus intolérants - ont rendu hommage à cette minutieuse préparation qui ne laissait rien au hasard. Jérôme Carcopino évoquant à la radio le souvenir de celui qui fut son avocat lorsqu'il fut inculpé devant la Haute Cour et incarcéré à Fresnes, avant de bénéficier d'un non-lieu, a confié avec une gratitude émue qui suffirait à enorgueillir la vie d'avocat qui l'aurait mérité : « J'ai appris alors ce qu'était un véritable avocat. » Cette préparation fait de lui un modèle de labeur consciencieux ; aucun diable ne le détournait en effet du cours régulier de son travail."