1 décembre 2008

Livre : La République des bons sentiments de Michel Maffesoli


J'ignore tout de Michel Maffesoli, sauf que la 4e de couverture de son dernier livre intitulé "La République des bons sentiments" le présente comme "professeur à l'université Paris Descartes et administrateur du CNRS", "auteur de nombreux ouvrages dont Le Temps des tribus, analysant la postmodernité naissante". Les professeurs d'université étant souvent d'un ennui sidéral et leur langage frôlant parfois l'incompréhensible, je n'aurais jamais dû lire ce livre.

Un professeur d'université politiquement incorrect qui s'attaque à ceux qui se prétendent les "élites" de notre société : est-ce encore possible ? Oui, et Maffesoli, sa plume dans le vinaigre, ne ménage personne.

Quelques extraits de cet excellent essai :

"Ils sont peu nombreux, en effet, les quelques universitaires, journalistes, hommes politiques qui tentent d'échapper aux pesanteurs intellectuelles de leurs castes, et refusent les mimétismes des préjugés établis. Peu nombreux, car il est difficile, voire dangereux, de ne pas avoir l'odeur de la meute. L'exclusion menace toujours ceux qui ne marchent pas au pas cadencé, ou ceux qui pensent de travers. Orthodoxie, quand tu nous tiens ! Et pourtant, quand on regarde, sur la longue durée, les histoires humaines, quand on observe la lente contamination des idées, l'on se rend, aisément, compte que ce sont les outsiders qui, toujours, sur la longue durée, triomphent. Ils sont, ainsi Parsons, des "marginaux centraux".

N'est-ce pas agréable à lire ? Je vous en donne encore.

"Le politique, s'appuyant sur l'expert intellectuel, ne fait que pousser jusque dans ses ultimes conséquences le mépris pour une nature humaine incapable de collaborer à son salut. Si on traduit en des termes plus profanes : le peuple considéré au mieux comme un enfant immature, au pire comme un débile retardé, doit être pris en main, "on" doit penser et agir pour lui et, si nécessaire, contre lui."

Si vous n'aimez pas, quittez ce blog. Pour les autres, encore quelques moments de bonheur.

"Avec la lucidité qu'on lui connaît, Hannah Arendt critiquait sans complaisance ces intellectuels qui se cachent derrière leurs théories et qui vivent ainsi sur leurs petits nuages. Le propos peut être extrapolé à l'ensemble de l'intelligentsia qui, technocratiquement, scientifiquement, volontaristement, fait et refait le monde tel qu'il "devrait être", tel qu'elle aimerait qu'il soit, tel qu'il pourrait être, sans se préoccuper de ce qu'il est en réalité."

Et encore ceci :

"Deux armes essentielles sont utilisées par les nouveaux inquisiteurs : la conspiration du silence puis la rumeur. Telle analyse, tel auteur sent le soufre, dès lors qu'ils se contentent de décrire, sans jugement normatif, ce qui se donne à voir, ce qui se donne à vivre. S'ils ne mesurent pas ce qu'ils décrivent à l'aune des valeurs républicaines, s'ils n'entonnent pas les litanies de la bien-pensance moraliste, s'ils ne s'insurgent pas contre la barbarie naissante, voilà les suspects."

Et sur la radicalité de la pensée :

"Il est des moments de grandes mutations sociétales où il est indispensable d'être hérétique. Et ce dans les deux sens du terme : être capable de faire un choix, c'est-à-dire savoir discerner la hiérarchie des valeurs vécues, et par suite ne pas craindre d'élaborer des idées qui soient opposées aux dogmes établis.
"Concernant le monde universitaire, cela nécessite de savoir prendre des risques quant aux sujets abordés et quant aux méthodes utilisées. Ce que Jacob Taubes formule à sa manière : "A cette époque s'introduit en moi ce doute envers l'autorité mandarinale." Sous des noms divers, suivant les pays et les moments, l'histoire de la pensée est un véritable ossuaire de ces "mandarins". Il n'y a pas lieu de craindre de s'opposer à eux. Surtout que, très souvent, ils doivent leur promotion à leurs positions syndicales, partisanes, bureaucratiques, et non à leurs productions intellectuelles."

"De la même manière il y a, de nos jours, de multiples "théories de circonstance" qui n'ont pas pour seule ambition que de satisfaire ceux qui ne veulent entendre que ce qu'ils ont envie d'entendre. Et de ces "indices" dont il vient d'être question, tous les prédicateurs de bons sentiments ne veulent surtout pas en entendre parler. Ils se contentent de "penser" dans le sens du poil. D'où cette ambiance de domesticité caractérisant l'air du temps. Il faut avoir une mentalité de larbin, plier sa croupe, avoir une plume servile, en bref être conforme, si l'on veut avoir quelque chance d'être entendu par ces institutions où le croupissement de la pensée tient lieu de passeport."

Si vous avez aimé, précipitez-vous chez un libraire et achetez cet excellent essai.

La République des bons sentiments de Michel Maffesoli
Editions du Rocher, 138 pages.

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