15 décembre 2007

Histoire du sapin de Noël du Palais de justice de Bruxelles


La Dernière Heure de vendredi annonce que "la greffière en chef " a ordonné aux employés assurant l'accueil à l'entrée du Palais d'enlever le sapin de Noël "pour ne pas choquer une partie de la population qui rentre dans le Palais. On devait rester neutre pour les Musulmans". Information immédiatement diffusée par le site en ligne 7sur7 qui recueillait des dizaines de réactions indignées.

L'association Belgique et Chrétienté, lobby auprès du Parlement européen, dont j'ai le plaisir d'être l'avocat, diffusait immédiatement un communiqué de presse.

De fins limiers apprenaient que cet ordre émanait de la greffière en chef de la Cour de cassation.

D'abord, je ne connais pas un seul Musulman (à l'exception peut-être d'Islamistes radicaux) choqué par un sapin avec des boules et des guirlandes. Ensuite, je croyais que les greffiers étaient débordés de travail. Ce n'est apparemment pas le cas de la cheffesse greffière de la Cour de cassation qui, outre son ardu travail, se charge maintenant de la décoration intérieure du Palais de Justice. Elle pourrait s'enquérir de la manière dont on sert le café à la buvette ou dont les femmes de ménage nettoie le sol du Palais. A chacun ses priorités.

La ministre de la Justice informée des indignations citoyennes répondait pour éteindre l'incendie : "Contacté, le Premier Président de la Cour de Cassation, M. Ghislain Londers, confirme qu'il s'agissait de "décoration carnavalesque" et que la greffière en chef a demandé de placer des décorations plus discrètes. Cela a été expliqué au personnel qui l'a accepté. Le Premier Président estime que sa greffière en chef a donc agi correctement ; il l'approuve."
Qu'on nous permette de dire que cette excuse est inventée.

Il n'y a pas lieu de mettre en doute l'article de la Dernière Heure dont le journaliste n'a pu inventer l'information. Aujourd'hui, dans la presse, les employés confirment encore avoir été "convoqués par la hiérarchie de la Cour de cassation et on leur a dit qu'il fallait retirer ces décorations car le palais est un endroit neutre et cela pourrait choquer la communauté musulmane qui fréquente régulièrement les lieux". Peurs d'être licenciés, ils ont déjà fait choix d'un avocat pour les défendre.

Qu'y a-t-il de "carnavalesque" ? Un sapin de Noël n'est-il pas généralement arboré de boules et de guirlandes ? Chaque année, un petit sapin est disposé à l'entrée du Palais, à la satisfaction de tous. Et puis, et puis, … je me souviens que pendant plusieurs semaines, un chapiteau de cirque avait été planté dans la salle des pas perdus du Palais de justice (recouvrant l'entièreté de cette salle) sans que la cheffesse greffière et le premier président de la Cour de cassation se soient indignés de cet attirail "carnavalesque".

Cette sinistre affaire est l'occasion de rappeler quelques évidences.

De nos jours, il faut anticiper les éventuelles récriminations et surtout éviter les problèmes communautaires. Cette manière d'agir est tellement ancrée dans l'inconscient que certains sont prêts à effacer toutes les manifestations de nos traditions culturelles ancestrales. On a tellement seriné le citoyen qu'il devait être tolérant, éviter tout acte qui pourrait avoir la moindre connotation raciste, que le citoyen s'autocensure et agit pour plaire frénétiquement à une minorité communautaire qui n'a même rien demandé. C'est dire les renoncements à venir.

La cheffesse greffière n'a aucune autorité sur les employés de l'accueil du Palais de justice. Quoi de plus étonnant qu'une greffière de la plus haute juridiction du pays donne un ordre illégal à de pauvres employés qui, terrorisés, s'exécutent sans broncher ?